RAPPORT MORAL PRESENTE LORS DE LA TENUE DE L’ASSEMBLEE GENERALE DU
MOUVEMENT ANTI TABAC DU SENEGAL
République
du Sénégal
Ministère de la Santé Publique
Mouvement Anti-Tabac du Sénégal
Ecole Supérieure Polytechnique
19 décembre 1999
Monsieur le Ministre de
la Santé Publique,
Madame le Ministre de la Femme, de l’Action Sociale et de la Solidarité
Nationale,
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
Messieurs les Présidents des Groupes Parlementaires,
Honorables invités,
Camarades membres,
Mesdames, Mesdemoiselles Messieurs,
Au nom de
l’ensemble des membres du Mouvement Anti-Tabac du Sénégal, je vous souhaite la
bien venue et vous remercie d’avoir bien voulu répondre à notre invitation.
Aujourd’hui, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, c’est un grand jour pour le
Mouvement Anti-Tabac du Sénégal ; c’est le jour que les membres de
MAT-SENEGAL mettront à profit pour discuter en profondeur de l’ensemble des
défis qui se posent au Mouvement. Soyez remerciés d’avoir bien voulu accepter
de prendre part à cette rencontre.
Le Mouvement Anti-Tabac du Sénégal, honorables invités, s’est
fixé, au lendemain de sa naissance, le 6 décembre 1992, comme objectif
principal de lutter pour une société Sénégalaise en pleine santé où le
comportement social normal serait de s’abstenir de fumer, c’est à dire une
société Sénégalaise sans tabac. Le
défit était énorme, mais quand on est
convaincu que la santé de chaque Sénégalaise et de chaque Sénégalais
passe avant toute chose, ce défi pourra être relevé.
Au
lendemain du 6 décembre 1992, le Mouvement
Anti-tabac du Sénégal était
constitué à peine de quelques membres, qui sillonnaient les rues de Dakar, qui
informaient les Sénégalaises et les Sénégalais des dangers liés à la
consommation du tabac. Depuis, la famille du Mouvement Anti-tabac du
Sénégal s’est agrandie. Aujourd’hui, en effet, le Mouvement Anti-tabac du
Sénégal est organiquement présent dans trois des dix régions du Sénégal. Je
veux parler des régions de Dakar, Thiès et Kaolack. L’ambition affichée, honorables invités, de notre
Mouvement, le Mouvement Anti-tabac du
Sénégal, c’est d’être organiquement présent là où les multinationales
sévissent, c’est à dire sur l’ensemble des dix régions du Sénégal. En effet, le Mouvement Anti-tabac du Sénégal se
veut un mouvement populaire, un mouvement où toute Sénégalaise et tout
Sénégalais, ayant épousé l’objectif ci-dessus cité et se conformant à ses
dispositions statutaires et réglementaires, peut adhérer en vue de faire
libérer notre beau pays, le Sénégal, des mains de ces indésirables
multinationales, d’où qu’elles viennent.
En effet,
alors que la bataille contre le tabac fait rage au nord et que Philip Morris et
compagnie commencent à reconnaître
leurs responsabilités dans les maladies tabagiques, ils mènent au Sud
des campagnes de publicité ravageuses en direction des jeunes. Marchés
promoteurs, impunité totale, tous les coups sont permis en Afrique pour pousser
les jeunes à fumer, comme en témoigne ce florilège de slogans recueillis ici
chez nous.
« le goût de
l’aventure »,
« lancez-vous sur la route de l’aventure »,
« Malboro, c’est la cigarette la plus vendue dans le monde »,
« Camel, le goût de l’action, fabriqué aux USA »,
« Excellence, le sponsor officiel de la Fédération Sénégalaise de Basket Ball »,
« Excellence,
passionnément foot »
« etc »
Ces messages,
honorables invités, débités aussi bien par les tableaux que par les voitures
des fabriquants qui sillonnent les pays font mouche parmi les jeunes. Quant à
la méthode de séduction, elle est directe : des jeunes fille en tenues
spéciales distribuent aux jeunes des gadgets (tee-shirts, bics, porte-clés et
bien sur cendriers, briquets et autres articles pour fumeurs). Dans le domaine
du sponsoring, Philippe Morris et compagnie ne lésinent pas sur les moyens non
plus. Marlboro offre des comptoirs de vente à plus de 50 % des boutiques au
Sénégal. Je veux parler, Mesdames Mesdemoiselles et Messieurs, de ces comptoirs
portant l’effigie et le slogan de Marlboro et disposés dans la plupart des
boutiques, de manière à frapper l’œil du jeune passant. Aussi ces
multinationales déroulent-elles ostensiblement leurs banderoles dans la
quasi-totalité des lieux de fréquentation des jeunes (manifestation des jeunes,
concert, boîte de nuit…). Dans ces lieux, des mannequins habillés en tee-shirts
portant la marque de tabac font la basse besogne : distribution des
gadgets. Ce n’est pas tout : des kiosques Dunhill émergent partout sur les
grands carrefours de Dakar. Je veux parler, honorables invités, de ces kiosques construits à l’image de
Dunhill, tenus dans leur totalité par les jeunes filles . Je veux parler
de ces kiosque où on attire les enfants par la vente des biscuits, des bonbons
… mais où on vend et distribue
également toutes sortes de produits tabagiques. Quant aux ménagères, elles
ramènent du marché, quotidiennement, des sachets plastiques portant l’effigie
et le slogan des fabriquants du tabac ; lesquels sachets les petites sœurs
et les petits frères passent des heures à regarder, à tenter de déchiffrer le
slogan, à s’amuser avec. Je veux parler de ces innombrables sachets plastiques
portant les griffes des multinationales qui inondent le marché sénégalais aux
côtés des parasols de toutes sortes. Je ne saurais fermer ce volet sans relever
la complicité active des médias d’Etat dans ces campagnes publicitaires
meurtrières. En effet, en montrant à des millions de Sénégalais les matchs ,
l’élection des miss, etc, sponsorisés
par les firmes de tabac, nos médias d’Etat, la télévision sénégalaise
notamment, contribuent énormément à l’atteinte, par ces dernières, de leur
objectif à savoir trouver, parmi les jeunes, 2,5 millions de nouveaux fumeurs
chaque année. Nous constatons, comme toutes les Sénégalaises et tous les
Sénégalais, que la télévision national est entrain de revenir à de meilleurs
sentiments. Nous en prenons bonne note.
Combien de
Sénégalaises et de Sénégalaise sont tombés dan le piège de Philippe Morris et
compagnie ? Difficile de le savoir à l’heure actuelle. Cependant, au terme
d’une enquête réalisée entre Mars et Décembre 1995 à Diourbel, Kaolack, Fatick,
Mbour et Joal par l’Union Internationale contre le Cancer sur une population de 5000 individus de 15 à 67 ans et plus ;
au terme de cette enquête donc il a été révélé que sur 37 % de la population qui fument, on dénombre 95,3 % des hommes et 4,7 %
des femmes. Un an plus tôt, en 1994,
les conclusions des travaux de Dounia Hage sur le thème « Tabac, Economie et Santé » (Thèse
de Diplôme d’Etat en Pharmacie , Dakar 1994) situaient la prévalence du
tabagisme chez les femmes adultes à 35
%, chez les garçons de 10 à 20 ans à
71 % et chez les filles de 10 à 20 ans à 52 %. Mais quels sont les
risques sur la santé des usagers ?
Il est
difficile de répondre à cette question faute d’étude spécifique. A en croire
les sources hospitalières, ces risques existent, vu le nombre grandissant des
jeunes malades, la fréquence des infarctus du myocarde et toutes les maladies
liées à l’artériosclérose. De même il est difficile de savoir l’incidence de la
morbidité et de la prévalence de la mortalité par cancer lié au tabac. Pourtant
de sources médicinales, les cancers du poumon sont en progression notable chez
les jeunes. Selon ces sources, en effet, les affres du tabagisme touchent de
plus en plus les jeunes et les enfants matraqués qu’ils sont par la publicité.
Ainsi, selon ces mêmes sources, entre 1978
et 1980, le Centre Hospitalier Universitaire de Fann
relevait 2 ou 3 cas au maximum de
cancer de poumons par an. A partir de 1990,
la tendance était de 2 à 3 cas par
mois dans les services spécialisés. Pendant que des Sénégalaises et Sénégalais
se tordent de douleur dans les services hospitaliers, la Manufacture de Tabac
Ouest Africain, elle, se porte de plus
en plus en bonne santé, que ce soit dans le domaine de la culture ou de la
commercialisation du tabac.
Pour ce
qui est de la culture du tabac, en se référant aux travaux de Dounia Hage
ci-dessus citée en référence, les surfaces cultivées passent de 2,24 ha à 2,36
en 1993 ; le nombre de planteurs de tabac passe de 27 en 1991 à 66 en 1993 ; la quantité de tabac cultivée, elle
passe de 2.078 kg en 1991 à 2.261 kg en
1993 ; quant au rendement à l’hectare, il passe de 926 kg en 1991 à
960 kg en 1993 ; enfin le prix moyen d’achat an planteur, lui,
diminue ; il passe de 215,49 F CFA/kg en 1991 à 189,90 F CFA/kg en 1993.
S’agissant
de la commercialisation du tabac, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, elle
est plus que florissante. En effet, le
volume des importations de tabac au Sénégal s’élève à 1. 526.969 kg en 1997 contre
1. 218. 888 kg en 1995. La valeur des importations se chiffre à 8. 098. 189. 208 F CFA en 1997 contre 5.
378. 689.680 F CFA en 1995 ;
la taxe payée s’élève à peine à 1.205.
243. 637 FCFA en 1997 comparée à
1.044. 070. 424 F CFA en 1995.
Inversement le volume des exportations du tabac au Sénégal est de 499.622 kg en 1997 contre 216.217 kg en
1995 ; la valeur des exportations s’élève à 1.467. 076 F CFA en 1997 comparée à 581. 684. 840 F CFA en 1995. Quant aux revenus sur les transactions
(vente sur place ) ils se chiffrent à 19.
514. 074. 000 F CFA en 1997 comparée à 16.
224. 599. 000 F CFA en 1995.
Devant de tels chiffres, on serait tenté de se poser la question
suivante : à qui profite la commercialisation de tous ces produits
tabagiques ? A la MTOA sûrement.
Mais au
fait, c’est quoi la MTOA ? La MTOA ce sont, entre autres, les Sociétés Nouvelles des Cigarettes
Nationales, la Société Anonyme des Cigarettes Melia, la CORALMA Internationale,
le TOBACCOR et le BOLORE Technologies qui déterminent en tout plus de 96 % des actions. La MTOA, c’est aussi
l’employeur de 424 personnes dont 402 sont Sénégalais sur lesquels 317 journaliers.
Inutile de vous dire que toutes ces
personnes courent des risques liés aux effets néfastes du tabac.
Puis que
le tabac tue ; puisqu’il est le principal responsable du cancer du poumon,
pourquoi nul ne semble s’en émouvoir ? Les fumeurs, eux, continuent de
plus belle à lâcher des bouffées de poison et à inhaler de la nicotine et du
goudron. Pendant ce temps, les multinationales, dopées par les bénéfices,
déversent chez nous des tonnes et des tonnes de produits tabagiques sous l’œil
bienveillant de leurs complices locaux. Existe-t-il, Mesdames, Mesdemoiselles
et Messieurs, ici au Sénégal, des moyens contraignants contre les abus de la
publicité des marques de tabac pour protéger la jeunesse et notamment les
mineurs contre les dangers du tabagisme ? Si oui, pourquoi ne les
applique-t-on pas ? Si non qu’attend-on pour les créer ?
Monsieur le Ministre de la Santé
Publique,
Messieurs les Présidents des
Groupes Parlementaires,
Camarades membres du Mouvement
Anti-Tabac du Sénégal,
Mesdames, Mesdemoiselles Messieurs,
Le
Mouvement Anti-Tabac du Sénégal, par ma voix, se réjouit du co-parrainage, par
le Sénégal, avec 8 autres pays, de la Résolution
E/1994/47 adoptée le 29 juillet 1994 par le Conseil Economique et Social des
Nations Unies concernant l’interdiction du tabac dans toutes les enceintes des
palais et bureaux des Nations Unies ainsi que de ses Institutions spécialisées
à travers le monde. Aussi se félicite-t-il de la publication, le 16 mars 1998 par le Ministère de la
Santé Publique de l’arrêté ministériel
N° 0127/MSAS/SEPS portant interdiction de fumer dans les services relevant de
son domaine. Ceci constitue un pas dans la bonne direction. Cependant nous
déplorons sérieusement, et nous tenons à le souligner, honorables invités, que
la non application de la Loi N° 85-23 du
25 février 1985, modifiant celle N° 81-58 du 9 novembre 1981 portant
interdiction de la publicité en faveur du tabac et de son usage dans certains
lieux publics ; la non application de cette Loi donc entrave fortement nos
actions sur le terrain.
Je vous
remercie.