Note
d’information préparée au nom des
réseaux
européens de la santé
actifs en
matière de lutte contre le tabagisme
Bruxelles
Mars 2000
Union Internationale contre le Cancer
et
l’Association des Ligues européennes contre le Cancer
Bureau de
liaison de l’UE
TABLE DES
MATIERES
1 Préface
2 Opinion du lobby santé concernant la directive
3 Objectif de la directive
4 Bien, mais peut mieux faire
5 Points retenus et recommandations
·
Article 2 – Définitions
·
Article 3 – Teneurs maximales
·
Article 4 – Dérogation
·
Article 5 - Méthodes de mesure
·
Article 6 – Etiquetage
·
Article 7 – Autres informations
à l’intention des consommateurs
·
Article 8 – Description du
produit
·
Article 10 – Rapport
6 Mesures de lutte contre la contrebande
Préface
Le tabac est un produit
légal pas comme les autres. Il est cultivé par des agriculteurs ; fabriqué,
empaqueté, distribué et commercialisé par l’industrie du tabac ; taxé par les
gouvernements ; vendu illégalement par les contrebandiers ; et fumé par des
millions de personnes dans le monde entier. Il est unique en son genre dans la
mesure où il tue des millions de personnes alors qu’il est utilisé exactement comme
prévu par ses fabricants.
Environ 50% des fumeurs
réguliers meurent prématurément : en moyenne, chacun de ces fumeurs perd
environ 14 années de sa vie. Des calculs récents suggèrent que chaque cigarette
fumée par un fumeur régulier raccourcit sa vie de six minutes. Au total, les
maladies liées au tabagisme tuent 500.000 citoyens de l’Union européenne par an
- un gâchis de vies qu’il serait parfaitement possible d’éviter.
Pourtant, le tabagisme
fait toujours des victimes, et ce malgré le fait que tous ceux qui sont
impliqués dans ce commerce (y compris la plupart de ses clients) connaissent
les risques qu’ils encourent. Pourquoi ce paradoxe ? Le fumeur fume parce qu’il
est devenu dépendant de la nicotine contenue dans la tabac. Pour la plupart,
les fumeurs se sont mis à fumer lorsqu’ils étaient enfants ou adolescents. Or,
c’est le groupe d’âge que l’industrie doit viser si elle veut maintenir ses
ventes alors que les fumeurs plus âgés meurent. Une fois la dépendance au tabac
acquise, on est en effet pratiquement assuré que le jeune fumeur restera fumeur
sa vie durant, prisonnier de l’industrie du tabac. Malheureusement, pour
obtenir leur « dose » de nicotine, les fumeurs s’exposent aux effets d’un
cocktail de toxines contenues dans le tabac et dans divers ingrédients ajoutés
au cours du processus de fabrication.
L’industrie n’a aucun
scrupule à commercialiser ses produits, quel qu’en soit le coût en souffrances
humaines et en morts prématurées inutiles. Jusqu’à il y a peu, l’industrie
parvenait à échapper pratiquement à tout contrôle, et ce pour l’essentiel en
vertu d’un accident de l’histoire. Le tabac a en effet été commercialisé et
utilisé pendant des centaines d’années avant que l’on fût à même de bien
comprendre, au milieu du siècle dernier, la chaîne causale reliant tabagisme,
maladie et mort prématurée. Si l’on voulait aujourd’hui introduire le tabac sur
le marché comme un nouveau produit, il serait impossible aux gouvernements d’en
autoriser le commerce dans l’état actuel des connaissances que nous en
avons.
Ce contexte historique
explique pourquoi, aujourd’hui, diverses juridictions à travers le monde sont
en train de durcir leur approche de la réglementation des produits et de
l’industrie du tabac. De cette manière, elles reconnaissent leur responsabilité
première en matière de protection de la santé de leurs citoyens pris
individuellement et de leur communauté prise dans son ensemble.
La présente directive
constitue un pas dans ce sens. Des représentants des quinze Etats membres
saluèrent favorablement la directive à son annonce par le Commissaire David
Byrne lors du Conseil Santé de l’UE réuni le 18 novembre 1999. Le contenu de la
directive doit maintenant être examiné en détail par le Conseil, ainsi que par
le Parlement européen, le Comité économique et social et le Comité des
régions.
Opinion du lobby santé concernant la directive
Partout en Europe, des
organisations du secteur de la santé ont suivi ces derniers mois le
développement de la directive à travers toute l’Europe. Une consultation s’est
tenue à Londres fin janvier 2000 pour décider de la position à adopter par
rappport au texte de la directive tel qu’il a été adopté par la Commission à la mi-novembre. La présente note d’information est fondée sur l’accord conclu lors de cette
réunion.
Beaucoup de réseaux
actifs dans le domaine de la lutte contre le tabagisme étaient représentés à la
consultation de Londres, notamment l’Association des Ligues européennes contre
le cancer (European Cancer Leagues, ECL), le European Heart Network (EHN), le
Réseau européen pour la Prévention du Tabagisme (ENSP),
la European Respiratory Society (ERS), la Federation of European Cancer
Societies (FECS), le International Network of Women against Tobacco (INWAT), la
International Non Governmental Association against Tobacco (INGCAT), l’Union
Internationale contre la Tuberculose et les maladies pulmonaires (IUATLD) et
l’Union Internationale contre le Cancer (UICC).
Objectif de la directive
Une seule mesure ne
suffira pas à réduire les torts causés par le tabac à la société. D’où la
nécessité de développer, appliquer et maintenir une vaste palette de mesures
destinées, d’une part, à rendre l’industrie de plus en plus responsable des
dommages causés par ses produits et, d’autre part, à éliminer le danger que ces
produits représentent pour les individus en persuadant ceux-ci de ne pas fumer.
Une stratégie complète
de lutte contre le tabagisme comprendra donc des mesures visant à :
·
restreindre la publicité
·
fournir des avertissements sanitaires efficaces
·
démystifier l’image glamour de la cigarette
·
réglementer le contenu du produit pour en minimiser la nocivité (tout en
reconnaissant qu’il n’existe pas de cigarette « sûre »)
·
protéger les mineurs en contrôlant leur accès aux produits du tabac
·
augmenter les prix de vente en augmentant les taxes
·
bloquer la contrebande pour éviter l’inondation du marché par des produits
bon marché
·
supprimer progressivement les subventions allouées aux producteurs de tabac
·
mettre l’industrie face à ses responsabilités pour les dommages causés aux
fumeurs
·
promouvoir les campagnes encourageant un style de vie sain afin de
persuader les jeunes gens de ne pas commencer à fumer
·
fournir des programmes de conseil, de soutien et de traitement pour aider
ceux qui veulent arrêter de fumer
Il est une chose qu’une
stratégie de lutte contre le tabagisme est incapable de faire, c’est guérir les
personnes souffrant des nombreuses formes que peut prendre la maladie liée au
tabagisme. Une fois établi le diagnostic d’un cancer du poumon, par exemple, il
est déjà trop tard pour intervenir de manière efficace. Pour le fumeur
individuel confronté à un tel diagnostic, la vie touche bientôt à sa fin. Le
tabac est la preuve ultime de cet adage vieux comme le monde : « mieux vaut
prévenir que guérir ». Pour la plupart des personnes souffrant de maladies
liées au tabagisme, il n’existe pas de remède. Seule la prévention peut agir.
La présente directive
vise à renforcer et à élargir quelques unes des mesures «préventives» déjà
prises par l’Union européenne, en réaction à l’épidémie de tabagisme qui fait
rage dans tous les Etats membres. Elle constitue une refonte de trois
directives antérieures (89/622/EEC, 90/239/EEC et 92/451 EEC) afférentes au
contenu des cigarettes en goudron, au tabac à usage oral et à l’étiquetage des
produits du tabac. Elle met à jour diverses dispositions en tenant compte de
l’application à ce jour des directives existantes et des évolutions
scientifiques et technologiques récentes. Elle est conçue comme une étape
supplémentaire vers la mise en place du Marché intérieur puisqu’elle est
conforme à la prescription du Traité exigeant
un haut niveau de protection de la santé des individus.
Bien, mais peut mieux faire
Les ONG du secteur de la
santé accueillent favorablement les propositions visant à introduire des
contrôles plus sévères sur le contenu et l’emballage des produits du tabac.
Toutefois, nous pensons que certains aspects de la directive pourraient être
modifiés ou renforcés afin d’en optimiser les bénéfices potentiels en matière
de protection de la santé publique. Nous revenons sur ces aspects dans la
section suivante.
Nous croyons également
qu’il n’est pas nécessaire de repousser jusqu’en décembre 2003 l’application de
plusieurs dispositions prévues par la directive. La directive mérite de passer
rapidement les différentes étapes du processus de prise de décision de l’Union
européenne. Vu l’accord politique dont elle fait l’objet au sein du Conseil et
le soutien escompté du Parlement, la faisabilité d’une procédure accélérée
parait très bonne. Aussi la directive pourrait-elle aisément entrer en vigueur
en décembre 2002.
Mais il est une chose
qui nous préoccupe plus que toute autre : le fait que nous comprenions de mieux
en mieux les mécanismes de manipulation du tabac au cours de sa fabrication,
les conséquences de ces manipulations sur le comportement du fumeur et les
changements qui s’en suivent en matière d’évolution de la morbidité et de la
mortalité chez les différents groupes de fumeurs. Le potentiel de la lutte contre
le tabagisme évolue au rythme de nos avancées scientifiques et technologiques
et des modifications apportées aux normes et techniques de mesure pour tenir
compte de ces avancées.
L’industrie du tabac
avancera sans aucun doute que cela fournit une bonne raison de ne rien faire.
Nous sommes au contraire d’avis que c’est là une bonne raison de faire tout ce
que nous pouvons maintenant, en tenant compte de l’état actuel de nos
connaissances, pour réduire les dommages causés par le tabagisme. Il s’agit cependant
d’adopter une approche souple capable d’intégrer aussi rapidement que possible
les futures avancées de la recherche dans ce domaine. Nous entendons par là la
mise en place d’une procédure de réexamen et de recommandation permanente, qui
conduirait si nécessaire à modifier l’application de la directive pour mieux
l’ajuster aux changements survenus.
Aussi préconisons-nous
vivement la création d’un Comité de contrôle chargé de surveiller la mise en
application de la directive. Nous suggérons de doter ce Comité d’un mandat très
large (cf. notre proposition concernant l’article 10, plus bas), que nous
considérons comme absolument indispensable si l’Union européenne veut pouvoir
poursuivre son engagement de réduire l’épidémie du tabagisme en Europe.
Points-clés et recommandations
Dans cette section, nous
identifions les différents articles de la directive, commentons les
propositions de la Commission et ajoutons nos propres recommandations.
Article 2 – Définitions
Proposition de la
Commission :
Clarifie les
significations de différents mots de la directive, dont une définition du mot
« ingrédient ».
Commentaire :
La définition proposée
est trop étroite. Elle mentionne les additifs qui ne sont pas du tabac, mais
omet de spécifier les substances utilisées au cours du processus de fabrication
(et dont il peut rester des résidus dans le produit fini). Elle ne mentionne
pas non plus les substances entourant le produit fini quand il est allumé et
fumé.
Recommandation:
Il faudrait élargir la
définition du mot « ingrédient » pour couvrir tous les composants du produit
autres que le tabac naturel (il faudra toutefois préciser si le tabac utilisé a
été ou non génétiquement modifié), en incluant la totalité des additifs et
arômes, les composants tels que le papier, l’encre et les filtres, et les
matériaux utilisés au cours du processus de fabrication (adhésifs, etc.) et
présents dans le produit fini - sous forme brûlée ou non.
Article 3 – Teneurs maximales
Proposition de la
Commission :
Les teneurs maximales proposées
sont les suivantes :
goudron : 10 mg ;
nicotine : 1 mg ;
monoxyde de carbone : 10 mg ;
entrée en vigueur à compter du 31 décembre 2003
Commentaire :
Ces dernières années,
les teneurs en goudron ont été réglementées dans l’Union européenne selon
l’idée que des teneurs en goudron plus faibles réduisent les dommages causés
aux fumeurs ; c’est-à-dire, en d’autres termes, en présupposant l’équivalence
«faiblement goudronné = réduction des dommages». Or, les recherches faites dans
ce domaine montrent qu’il se peut qu’il n’en soit pas ainsi. En fait, il se
peut même que ce soit le contraire qui se vérifie.
La plupart des cigarettes «à teneur faible» doivent leurs valeurs inférieures
aux caractéristiques de leurs filtres qui sont pourvus d’orifices d’aération
situés à l’extrémité proche de la bouche. La plupart des fumeurs bloquent
inconsciemment ces trous du filtre avec leurs lèvres et leurs doigts et
s’exposent donc à des teneurs de goudron et de nicotine supérieures à celles
mesurées par les machines - et qui sont indiquées sur la tranche latérale du
paquet.
Suite à la publication
de documents de l’industrie du tabac en litige devant les tribunaux américains,
il est apparu que cette industrie a manipulé les ingrédients et additifs au
cours du processus de fabrication en modifiant l’arôme des produits à faible
teneur en goudron pour les rendre encore plus appétissants (et donc plus
désirables) pour le fumeur :
«Sans égards pour les
questions morales en jeu, nous devrions développer des concepts alternatifs
(n’attirant pas immédiatement la critique) susceptibles de fournir au fumeur
des rendements largement améliorés s’il le souhaite ». (BAT Co., 1984)
Cela rend la cigarette
plus facile à fumer. Le fumeur inhale plus profondément et aspire ainsi des
toxines dangereuses qui vont se loger au plus profond de ses poumons.
C’est peut-être la cause d’une augmentation apparente des cas d’adénocarcinome
du poumon, en particulier chez les femmes, qui sont plus susceptibles que les
hommes de fumer des cigarettes «faiblement goudronnées».
A l’heure actuelle,
l’Union européenne ne réglemente pas les teneurs maximales de nicotine ou de
monoxyde de carbone, bien que plusieurs Etats membres le fassent. La
proposition d’une approche concertée au niveau de l’UE est donc la bienvenue.
Compte tenu de
l’évolution permanente de notre connaissance des ingrédients des cigarettes, le
Comité de contrôle proposé (voir plus bas) devrait assurer une surveillance
constante des nouvelles découvertes scientifiques et technologiques et se voir
confier la recommandation de tout changement des teneurs maximales qui pourrait
être bénéfique en matière de protection de la santé.
La date de mise en
application n’a pas lieu d’être repoussée à décembre 2003. L’article renvoie aux
cigarettes «commercialisées ou fabriquées dans les Etats membres». Il est
impossible d’en déduire si les marchés d’exportation sont ou non concernés. Or,
les mêmes préoccupations de réduction des dommages devraient s’appliquer
partout, et pas seulement au sein de l’Union européenne. L’article devrait être
libellé explicitement de manière à inclure les cigarettes destinées à
l’exportation, au même titre que celles destinées au marché de l’UE.
Recommandation :
La teneur maximale en
goudron devrait rester à 12 mg. Les teneurs
maximales de 1 mg pour la nicotine et de 10 mg pour le monoxyde de
carbone sont les bienvenues.
La date d’application
devrait être avancée d’une année, c’est-à-dire au 31 décembre 2002.
Le libellé doit être
renforcé de manière à inclure explicitement dans les dispositions de l’article
les cigarettes fabriquées pour l’exportation.
Article 4 – Dérogation
Proposition :
La Grèce se voit
accorder une dérogation jusqu’au 31 décembre 2006, date à laquelle il lui
faudra introduire une teneur en goudron maximale inférieure à 10 mg.
Commentaire :
La directive
(90/239/EEC) limite les teneurs en goudron des cigarettes commercialisées dans
les Etats membres à 12 mg depuis le 31 décembre 1997. La Grèce fait exception à
ce règlement (c’est une dérogation) puisqu’elle repousse le passage obligatoire
de 18 mg à 15 mg à décembre 2000, et celui de 15 mg à 12 mg à décembre 2006.
La proposition de la
directive signifie donc que la Grèce devrait accomplir son passage à 10 mg
d’ici la date à laquelle elle est actuellement censée passer à 12 mg.
Or, notre recommandation
précédente - maintien de la teneur maximale en goudron à 12 mg à travers toute
l’UE - signifie que la dérogation actuelle pour la Grèce n’aurait pas besoin
d’être amendée dans ce sens.
Recommandation :
Il n’est pas nécessaire
de changer la dérogation existante si la teneur maximale autorisée en goudron
est maintenue au niveau de l’Union à 12 mg.
Article 5 – Méthodes de mesure
Proposition :
La mesure des teneurs en
goudron, en nicotine et en monoxyde de carbone devrait continuer de reposer sur
les méthodes ISO existantes. Les tests devraient avoir lieu annuellement. La
confidentialité commerciale devrait être respectée.
Commentaires :
A l’heure actuelle, les
teneurs des cigarettes de l’Union sont mesurées selon les méthodes de test de
l’Organisation des normes internationales (ISO). La méthode de l’ISO est
pratiquement identique à celle de la Commission fédérale du commerce (FTC),
autorité de normalisation des mesures aux Etats-Unis. Ces deux normes ont été
mises en place par l’industrie du tabac. Les teneurs y sont évaluées selon les
résultats donnés par une machine fumeuse qui tire une bouffée de 35 cm3
de volume en deux secondes toutes les soixante secondes jusqu’à ce que la
cigarette soit consumée jusqu’à une longueur de mégot prédéfinie. Tant
l’industrie du tabac que la FTC admettent maintenant que ce test ne rend de
manière exacte ni la vitesse du fumeur ni le comportement tabagique d’un fumeur
réel :
«Nous savons maintenant
que le comportement tabagique d’un personne affecte la quantité de goudron et
de nicotine qu’elle absorbe. Le système actuel ne rend pas compte de cela».
(Communiqué de presse de la FTC, septembre 1997)
« Les données sur les
profils de fumeurs dont il a été question plus tôt indiquaient que les
cigarettes légères Marlboro Lights n’étaient pas fumées de la même manière que
les Marlboros normales. On remarque des différences dans la taille et la
fréquence des bouffées inhalées, les volumes plus importants correspondant aux Marlboro légères tant pour
les fumeurs de Marlboro normales que pour les fumeurs de Marlboro
légères. » (Philip
Morris, 1975)
« J’ai toutefois mis en
évidence que la mesure des teneurs en goudron, et en fait de n’importe quelle
teneur absorbée en fumant, dans des conditions de laboratoire n’est pas en
relation directe avec l’exposition d’un individu donné à une substance
donnée. » (Philip Morris
executive 1978)
Malheureusement, bien
que nous sachions que le système ISO est imparfait, il n’existe pas à ce jour
d’alternatives pratiques pour le remplacer.
Il est donc logique de ne renvoyer aux tests et normes existants dans la
directive que dans la mesure où ceux-ci constituent un point de référence pour
la seule méthodologie actuellement disponible dans le monde. La directive ne
saurait reposer sur quelque chose qui n’existe pas encore. Il n’en reste pas
moins que la directive doit, dans son ensemble, proposer une solution à ce
problème. Aussi propose-t-elle la création d’un Comité (voir plus bas) chargé
d’identifier de nouvelles normes et techniques de mesure et d’en recommander la
mise en application dans les délais préétablis. De plus, l’UE ne devrait pas
continuer à dépendre des systèmes ISO et FTC, mais plutôt s’attacher à concevoir
pour le futur son propre régime de tests indépendant. Pour ce faire, une possibilité consisterait à demander au Centre européen des Normes (CEN) basé à
Bruxelles de développer une nouvelle norme réglementaire pour l’Union.
L’industrie du tabac investit
énormément dans le développement de ses produits. Les marques individuelles
font l’objet d’une adaptation constante aux changements survenus en matière de
découverte scientifique, de processus de production ou de conditions du marché.
La communication des résultats des tests exigée par cet article devraient être
plus fréquente qu’une fois par an de manière à rester au fait du taux de changement entre marques concurrentes.
L’article inclut un
engagement à respecter la confidentialité commerciale. Or, il n’y a aucune
obligation à respecter la « confidentialité commerciale » lorsque la santé
publique est en danger. Ce principe a été reconnu dans d’autres pays tels que
la province de British Columbia au Canada, qui obtint la révélation d’un tel
secret et le rendit public en 1998.
Recommandation :
Ajouter un considérant
supplémentaire, dont le libellé pourrait être : « Considérant que des mesures devraient être prises pour
identifier et financer un laboratoire de tests indépendant au sein de l’UE en
vue du développement et de l’application de normes et de méthodologies de
mesure européennes appropriées ».
Supprimer l’exigence de
présentation d’un rapport annuel pour le remplacer par un rapport semestriel.
Supprimer Art 5.5
concernant la confidentialité commerciale.
Article 6 – Etiquetage
Proposition :
Les teneurs en goudron,
nicotine et monoxyde de carbone devraient être imprimées sur l’une des tranches
latérales du paquet. Les unités de conditionnement devraient porter l’un des
deux avertissements généraux suivants : « Fumer tue » et « Fumer peut tuer »,
ainsi qu’un autre avertissement tiré d’une liste de propositions.
Commentaire :
Les teneurs ne devraient
pas être rendues publiques car cela laisse penser qu’il exsiste une réduction
des dommages causés par le tabagisme. De plus, cela contredit l’objectif de
l’Article 8 (sur les descriptions de produits).
La variante « Fumer peut
tuer » implique que fumer peut tout aussi bien tuer ou ne pas tuer. Or, fumer
n’a rien d’un jeu de hasard : la cigarette tue à tous les coups. Le premier des
deux avertissements généraux - « Fumer
tue » - est donc le seul qui soit juste, et, partant, le seul qui devrait être
autorisé.
L’espace suggéré pour
l’avertissement général (25% de la surface la plus visible) est plus petit que
celui déjà en vigueur dans l’un des pays candidats à l’adhésion (30%, en
Pologne). Nous ne devrions pas courir le risque de diminuer la législation
existante d’un pays voisin susceptible de faire partie de la première vague des
nouveaux Etats membres de l’UE.
De plus, une étude
canadienne récente a clairement démontré que la taille de l’avertissement
sanitaire influence directement la décision d’arrêter de fumer : plus le
message occupe d’espace, plus il est efficace.
Il ne ressort pas
clairement de l’article si le bord noir proposé (de 3 à 4 mm d’épaisseur) vient
s’ajouter à, ou est compris dans, la part de 25 % proposée. Il convient de
lever cette ambiguïté, sinon l’industrie saisira l’occasion pour réduire la
taille de l’avertissement au minimum prescrit.
Le police de caractères
à utiliser est spécifiée (Helvetica), mais pas les couleurs – autres que le
noir et le blanc. C’est offrir la possibilité à l’industrie d’imprimer les
avertissements en deux nuances de gris à peine distinctes l’une de l’autre.
L’utilisation des valeurs Pantone® correspondant au noir profond et au blanc
lumineux pour les avertissements supprimerait toute incertitude et tout risque
de litige.
L’article ne spécifie
pas l’emplacement exact de l’avertissement principal sur la « surface la plus
visible » du paquet. Le fumeur ouvre le paquet par le haut. Il semblerait donc
tout à fait logique de faire figurer l’avertissement sur la partie supérieure
du paquet.
La proposition ne
prévoit pas de ligne téléphonique directe de sevrage tabagique ni d’accès à des
conseils pratiques sur l’abandon du tabagisme - et ce en dépit du fait que nous
sachions que nombre de fumeurs voudraient vraiment arrêter de fumer et que la
manière la plus directe de contacter ces fumeurs est précisément via
l’emballage des produits qu’ils fument. C’est là une occasion manquée qu’il
convient de rattraper.
A travers le monde,
l’industrie du tabac a fait preuve de finesse en matière d’esquive ou de
manipulation de la législation (ou des accords volontaires) destinés à mettre
en garde les fumeurs contre les dangers inhérents au produit qu’ils fument. Il
est donc essentiel de ne laisser absolument aucune ambiguïté en ce qui concerne
les modalités de l’étiquetage - taille, emplacement, couleur, etc. Il convient
de spécifier chacun de ces éléments de manière claire et précise.
Recommandation :
L’Art 6.1 devrait être
amendé de manière à signaler aux fumeurs qu’ils s’exposent au goudron, à la
nicotine, au monoxyde de carbone et à d’autres toxines - mais sans en spécifier les teneurs maximales autorisées
ou réelles. Il faudrait interdire à l’industrie du tabac d’indiquer elle-même
les teneurs maximales autorisées.
L’espace alloué à cet
effet devrait passer à 30 % (35 % pour les pays ayant deux langues officielles
et 40 % pour ceux ayant trois langues officielles) des faces avant et arrière -
« surfaces les plus visibles » - du paquet.
Il faudrait ajouter à la
directive un nouveau paragraphe rendant obligatoire une ligne directe de
sevrage tabagique ou un message invitant à arrêter de fumer (comprenant un
numéro de téléphone ou une adresse de site Internet, selon les possibilités
offertes dans les différents Etats membres), indication qui devra être imprimée
sur l’autre tranche latérale du paquet. Ce texte devrait avoir des dimensions
absolument identiques à celles du message concernant le goudron, la nicotine,
etc.
Les paquets vendus à
l’unité devraient avoir un avertissement général unique (Art 6.2), à savoir, «
Fumer tue ». Le choix d’un second avertissement général (« Fumer peut tuer »)
devrait être supprimé.
L’efficacité de la liste
des « avertissements supplémentaires » devrait être contrôlée une fois par an
par le Comité compétent. En attendant, il convient d’ajouter dès maintenant
deux autres avertissements à la « liste de choix » supplémentaires, à savoir «
Fumer cause l’emphysème » et « Fumer cause l’impuissance sexuelle ».
L’avertissement général
devrait occuper la partie supérieure de la « surface la plus visible » du
paquet. L’emplacement exact de tous les avertissements (face avant, face
arrière, et les deux tranches latérales du paquet) devrait être identifié
clairement, et ses dimensions spécifiées, sur une illustration représentant un
paquet de cigarettes à inclure dans une annexe à la directive.
Les valeurs Pantone® des
couleurs noire et blanche autorisées devraient être spécifiées.
Le bord noir (de 3 à 4
mm d’épaisseur) entourant les différents messages d’avertissement doit être
comptabilisé en plus de la surface occupée par le texte, et non pas inclus
comme faisant partie de la surface prescrite (30%).
Article 7 – Informations supplémentaires sur le produit
Proposition :
Les fabricants et
importateurs de produits du tabac devraient soumettre, par nom de marque, la
liste complète des ingrédients aux autorités des Etats membres. Il le feront
une fois par an, le premier compte-rendu devant avoir lieu d’ici le 31 décembre
2003. La confidentialité commerciale sera respectée.
Commentaire :
L’article exige
l’établissement de listes de « tous les ingrédients et de leurs quantités ». Il
ne renvoie ni aux teneurs réelles, ni aux transformations subies par les
ingrédients au cours de la combustion - c’est-à-dire à leur forme brûlée, telle
qu’elle est inhalée par le fumeur. Il convient donc de rectifier ce point.
L’article demande aux
fabricants de prouver que les « ingrédients sont sûrs pour la santé du
consommateur » lorsqu’ils sont utilisés comme prévu. C’est bien pour ce que
cela recouvre, mais omet de mentionner l’impact possible d’une interaction
entre les ingrédients. Certains d’entre eux peuvent en effet être « sûrs » pris
isolément ; mais, mélangés à d’autres,
ils peuvent entraîner une augmentation de l’absorption de nicotine et maintenir,
voire augmenter, la dépendance.
Les commentaires
afférents aux marchés d’exportation (Art. 3), à la soumission des résultats des
mesures et à la confidentialité commerciale (Art. 5) valent ici aussi.
Recommandation :
L’obligation de
soumettre la liste complète des ingrédients des produits du tabac devrait être
amendée pour inclure les teneurs en goudron, nicotine et monoxyde de carbone.
L’industrie doit apporter la preuve que les ingrédients utilisées sont sûrs et
n’induisent pas une dépendance, qu’ils soient pris isolément ou mélangés avec
d’autres.
L’obligation applicable
aux fabricants de produits du tabac devrait valoir explicitement pour les
produits destinés à l’exportation, au même titre qu’elle vaut pour ceux
destinés au marché de l’UE.
La soumission de la
liste des ingrédients devrait être demandée tous les six mois. L’engagement à
respecter la confidentialité commerciale (Art 7.2) devrait être supprimé.
La date de mise en
application devrait être avancée d’une année, c’est-à-dire au 31 décembre 2002,
la date du premier compte-rendu exigé de l’industrie devant être avancée au 1er
janvier 2003.
Article 8 – Description du produit
Proposition :
L’usage de termes tels
que « léger/ultra-léger/mild » sera interdit sauf autorisation expresse
délivrée par les Etats membres.
Commentaire :
L’usage de ces termes
par l’industrie du tabac vise à donner l’impression que ces produits sont moins
nocifs (voire même sûrs ou bons pour la santé) en comparaison des cigarettes «
normales ». Cette intention apparaît clairement à la lecture de documents
internes de l’industrie du tabac vieux de 30 ans :
« Les fabricants portent
toute leur attention sur le segment des produits à faible
teneur en (goudron) et nicotine afin de créer des marques ... visant, d’une
manière ou d’une autre, à rassurer le consommateur sur le caractère
relativement ‘meilleur pour la santé’ de ces marques par rapport aux cigarettes
contenant un mélange classique. » (BAT Co., 1971)
La proposition visant à
interdire l’usage de tels termes est donc la bienvenue. Toutefois, il n’est pas
logique de suggérer que cette interdiction devrait concerner certains Etats
membres et pas les autres. Il convient d’interdire ces termes sur tout le
territoire de l’UE.
Le mot « termes »
désigne uniquement des mots. Or, l’industrie du tabac fait grand usage de
représentations graphiques et d’images, en plus des mots, pour promouvoir les «
bénéfices » d’un produit par rapport à un autre.
Recommandation:
La dernière partie de
l’Art. 8.1 (après le mot « interdite ») et la totalité de l’Art. 8.2 devraient
être supprimés.
La première phrase de
l’Art. 8.1 doit être complétée afin d’ôter toute possibilité de manipulation à
l’industrie en insérant par exemple le complément suivant :
… « mild » ou tout autre
terme, graphique ou aspect similaire de la conception du produit ayant pour
objectif ...
Article 10 – Rapport
Proposition :
La procédure de réexamen
est déléguée à la Commission, laquelle doit soumettre des rapports tous les
deux ans au Conseil et au Parlement à compter du 31 décembre 2005.
Commentaire :
Cette proposition est
trop faible, et les délais beaucoup trop longs, compte tenu du caractère très
changeant de la production du tabac et de sa commercialisation, de la science
et de la technologie des normes et méthodes de
mesure, et des statistiques épidémiologiques concernant la morbidité et la
mortalité.
Recommandation:
Un comité de contrôle
devrait être nommé spécifiquement pour suivre les évolutions apparues dans le
domaine des produits du tabac, pour faire des recommandations relatives aux
normes et méthodes d’évaluation fondées sur de nouvelles évolutions
scientifiques, pour suivre l’évolution de la santé des fumeurs et pour
réexaminer le niveau de protection offert aux consommateurs par l’application
de la directive.
Le premier rapport
biennal devrait être exigé au cours de l’année suivant l’entrée en vigueur de
la directive, c’est-à-dire d’ici le 31 décembre 2002.
Mesures de lutte contre la contrebande
Commentaire :
En 1997, dans son
rapport traitant de la fraude dans le système de transit, le Parlement européen
attira l’attention sur les pertes fiscales importantes résultant de la
contrebande de cigarettes à travers l’UE. Toutefois, la contrebande ne
constitue pas seulement une esquive des impôts indirects. Etant donné
l’élasticité des prix des cigarettes (qui signifie que, plus elles sont bon
marché, plus il s’en vend), les produits du marché noir sont particulièrement
attractifs pour les jeunes. La contrebande approvisionne donc précisément le
public visé par l’industrie du tabac dans son effort pour s’assurer des ventes
à long terme.
Aussi l’industrie du
tabac tire-t-elle profit de la contrebande de deux manières. Celle-ci augmente
la vente de cigarettes à l’heure actuelle (sans absolument aucune perte pour
ses propres recettes, car même les contrebandiers doivent payer les prix
imposés par l’industrie). Et elle augmente la vente de cigarettes à l’avenir :
il est bon de voir les cigarettes se vendre à tous les prix (même en
compétition avec ses propres produits dédouanés) parce que cela permet de
consolider les ventes à venir :
« Partout où les
gouvernements n’ont pas la volonté d’agir ou où leurs efforts restent vains,
nous agissons, dans le respect complet de la loi, en veillant à ce que nos
marques soient disponibles à côté de celles de nos concurrents tant sur le
marché de la contrebande que sur le marché légal. »
Il est dans l’intérêt de
l’UE d’harmoniser les taxes frappant le tabac et de s’assurer que ces taxes
sont bien collectées afin d’éviter des pertes de recettes. Dans son engagement
pour un « niveau élevé de protection de la santé humaine », l’UE a aussi un
intérêt immédiat à minimiser la contrebande du tabac. Aussi est-il regrettable
que cette directive ne saisisse pas l’occasion qui se présente pour renforcer
la réglementation couvrant le système de transit en mettant en place des
contrôles permettant d’assurer la traçabilité des envois isolés depuis l’usine jusqu’au point de vente.
Recommandation :
Il faudrait ajouter à
l’Article 6 (Etiquetage) un paragraphe supplémentaire prescrivant à l’industrie
l’apposition de marquages spéciaux tant sur les unités de conditionnement que
sur les emballages (boîtes et cartons, etc.) des produits du tabac distribués
aux grossistes et aux détaillants, ces marquages permettant de connaître
l’usine, la date de fabrication, le pays de provenance et la destination finale
du produit.
Cela pourrait se faire
par impression claire de ces informations sur les paquets, ou au moyen d’un
timbre, d’un code-barres ou d’une autre forme de marquage de sécurité - pourvu
que la modalité choisie ait été préalablement acceptée par et rendue accessible
aux autorités des douanes des Etats membres concernés.
Toutefois, nous
aimerions également voir des marquages identifiants sur les produits du tabac
par souci de protection de la santé publique. Tous les autres produits vendus
dans l’UE portent des marquages de lot permettant aux autorités des Etats
membres de retirer de la vente les produits non sûrs. Les produits du tabac ne
devraient pas être traités différemment. Si donc un produit du tabac dépasse la
teneur autorisée en goudron, nicotine et/ou monoxyde de carbone, ou s’avère non
conforme à toute autre condition fixée par la législation, il devrait être
immédiatement retiré du marché. L’emploi de marquages identifiants sur les
produits du tabac permettra d’effectuer ce retrait rapidement et
efficacement.
Union Internationale
contre le Cancer
et
l’Association des Ligues européennes contre le Cancer
Bureau de liaison de l’UE
33 rue De Pascale
B-1040 Bruxelles
Tél. : (32) 2 230 20 27
Fax : (32) 2 231 18 58
E-mail : hayes@globalink.org