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N° 7, Mai 2001 Une
avancée significative en matière d'information des consommateurs Pendant des
centaines d'années, les générations qui nous ont précédés ont fumé en ignorant
que le tabac était nocif pour leur santé. C'est seulement au milieu du siècle
dernier que l'on a reconnu qu'il existait un lien entre le tabagisme, certaines
maladies et les décès prématurés qui en découlent. De nos jours, les risques
parlent d'eux-mêmes: un citoyen sur deux qui fume de manière régulière décédera
prématurément des conséquences de son tabagisme, en y laissant en moyenne
quatorze années de sa vie. Chaque année, le tabac tue plus de 550.000 personnes
dans l'Union européenne; plus d'un million de décès si l'on considère le
continent européen dans son ensemble. Le tabac est la
cause de l'épidémie sanitaire la plus importante dans le monde. Au vu des
données dont nous disposons à l'heure actuelle, aucun gouvernement
n'autoriserait la commercialisation du tabac si ce dernier était découvert
aujourd'hui. Pourtant, malgré que l'on connaisse les conséquences réelles du
tabagisme pour la santé depuis une cinquantaine d'années, l'industrie du tabac
a échappé à toute forme de réglementation. Les compagnies de tabac ont été
autorisées à vendre un produit, conscientes qu'il tuerait un consommateur sur
deux quand le produit est utilisé exactement comme prévu par le fabricant, et
ce sans aucune obligation de fournir aux consommateurs une information honnête
et réelle sur les risques liés au tabagisme. La directive
européenne sur la réglementation des produits du tabac a été introduite comme
une mesure de réglementation du Marché Intérieur. C'est une décision correcte
et qui est justifiée par le fait que le tabac est un produit de consommation
largement répandu à travers l'Union européenne. Les mêmes marques sont
commercialisées, souvent par des multinationales, qui ont recours à un langage
imagé identique et à des technique de marketing semblables d'un pays à l'autre.
La directive vise également, pour répondre aux exigences du Traité, à assurer
un niveau élevé de protection de la santé humaine. A cet égard, la directive
constitue une initiative importante de l'Union européenne pour promouvoir les
intérêts et le bien-être des ses citoyens. La directive aura
pour effet de supprimer les barrières commerciales à l'intérieur de l'UE. Tous
les fabricants devront appliquer des normes identiques avec le même degré de
transparence à travers l'ensemble de la Communauté; ceci dans le respect du
droit pour les consommateurs de recevoir une information complète et détaillée
sur la nature des autres produits également disponibles sur le marché. Grâce
aux avertissements à la santé clairs et visibles, la directive contribue à la
protection de la santé des citoyens. Pour toutes ces raisons, nous demandons
instamment aux Membres du Parlement européen de soutenir le texte de la
directive tel qu'adopté récemment en
conciliation lorsque la directive sera mise au vote au cours de la prochaine
session plénière à Strasbourg. Dispositions
de la directive La directive doit
être transposée en droit national pour le 30 septembre 2002. La plupart des
dispositions devront entrer en vigueur dans les deux années qui suivent; bien
que la date finale d'application des teneurs maximales des produits destinés à
l'exportation soit retardée jusqu'au 1er janvier 2007. Les points
importants de la directive sont les suivants: ·
Les teneurs maximales des cigarettes commercialisées ou
fabriquées dans les Etats Membres seront de 10 mg pour le goudron, 1 mg pour la
nicotine et 10 mg pour le monoxyde de carbone. ·
Les avertissements sanitaires, imprimés en noir sur
fond blanc, devront figurer sur la face avant de chaque paquet de cigarettes,
de façon à couvrir 30 % de la surface correspondante (32% pour les pays à deux
langues officielles et 35 % pour ceux qui ont trois langues officielles). Au
dos du paquet, l'avertissement couvrira 40 % de la surface correspondante (45%
pour les pays à deux langues officielles et 50% pour ceux qui ont trois langues
officielles). ·
Il est demandé à la Commission de définir des règles
concernant l'utilisation de photos couleur ou autres illustrations pour le 31
décembre 2002. Les Etats Membres peuvent ensuite décider d'avoir recours à ces
photos ou illustrations, mais uniquement en accord avec le règlement établi par
la Commission. ·
Les produits du tabac devront être marqués our assurer
l'identification du produit et sa traçabilité. ·
Les fabricants et importateurs de produits du tabac
devront fournir aux Etats Membres la
liste, par marque et par type de cigarette, de tous les ingrédients utilisés
dans la composition de leurs produits. Cette liste devra être accompagnée d'une
déclaration exposant les raisons de cette inclusion et précisant si ces
ingrédients possèdent des propriétés qui favorisent la dépendance. ·
Les descripteurs trompeurs (les textes, marques, et
autres signes) suggérant qu'un produit du tabac est moins nocif qu'un autre ne
pourront plus être utilisés sur l'emballage des produits du tabac. Des mesures pour
assurer une application correcte de la directive seront mises en place; on
veillera également à ce que les dispositions de la directive soient mises à
jour en fonction des développements scientifiques dans ce secteur. Parmi ces
mesures, on notera la création d'une commission de contrôle et le devoir pour
la Commission européenne de présenter un rapport bi-annuel au Parlement et au
Conseil. L'industrie
du tabac et les pertes d'emplois L'industrie se
plaint de la directive, principalement parce qu'elle prétend que son
application entraînera des pertes d'emplois. L'industrie affirme que la
soi-disant "interdiction des exportations" signifie la fermeture
d'usines dans l'Union européenne et la délocalisation de cette production en
dehors des frontières de l'Union. British American Tobacco (BAT), par exemple,
a "averti qu'elle serait forcée de fermer deux usines au Royaume-Uni; avec
comme conséquence la perte de 1.800 emplois". Les travailleurs employés
par BAT se sont rendus à Bruxelles et à Strasbourg pour faire pression sur les
députés européens "afin de sauvegarder leurs revenus". Pourtant, ce
raisonnement n'est pas logique, de même que l'attitude générale de l'industrie
du tabac en matière de sécurité d'emploi. Premièrement, la
directive ne comprend aucune clause d'interdiction des exportations. La
directive s'applique à tous les produits du tabac, qu'ils soient fabriqués ou
commercialisés au sein de l'Union européenne. L'Union européenne reconnaît
ainsi que les principe d'équité et de responsabilité de la santé des citoyens
sont indivisibles. Pourquoi adopter des normes pour les citoyens de l'UE et
d'autres qui s'appliqueraient aux personnes vivant en dehors de l'Union
européenne? Deuxièmement, il
n'existe aucune preuve que les marchés à l'exportation refuseront des produits
qui sont conformes aux nouvelles règles européennes sur les teneurs maximales.
Ces soi-disant pertes d'emplois sont basées sur une hypothèse qui n'a jamais
été vérifiée. En fait, en termes d'intérêt personnel pour le consommateur, cet
argument est plus probablement faux que vrai. Troisièmement, le
nombre d'emploi menacés n'est pas justifié. N'importe quel chiffre ferait
l'affaire, pour peu qu'il suffise à effrayer les députés et les pousser à voter
contre la directive. Ce n'est pas du lobbying rationnel mais des tactiques
alarmistes; l'industrie utilise ses travailleurs de manière honteuse dans le
but d'exercer une pression émotionnelle sur les décideurs politiques. Les
travailleurs protestent contre la perte éventuelle de leur gagne-pain. Qu'en
est-il des vies des consommateurs dont la santé est quotidiennement mise en
danger par les produits qu'ils fabriquent? Quatrièmement,
l'industrie du tabac joue un double jeu en matière d'emploi. L'industrie
n'hésite pas à licencier des travailleurs si cela sert ses intérêts
économiques. Ironie du sort, lors du débat sur la directive l'an dernier, les
revues professionnelles du secteur annonçaient des rachats, des acquisitions et
restructurations, qui impliquaient des pertes d'emplois nécessaires pour
atteindre les objectifs que l'industrie s'était fixée [1]. Un article d'une de
ces revues faisait référence à Japan Tobacco qui, en 1999, rachetait RJ
Reynolds International (fabricant des cigarettes Camel). Japan Tobacco décide
de fermer son site de production situé à Manchester, le Manchester Tobacco CO
Ltd (MTC), parce que la surcapacité du marché du tabac, remet en question la
nécessité pour MTC d'exporter vers d'autres pays européens et vers le
Moyen-Orient [2]. Un autre
article concerne Brown & Williamson - filiale de BAT. Comme beaucoup de
compagnies de tabac occidentales, BAT a investi massivement dans l'industrie du
tabac des pays de l'Europe de l'est, auparavant constituée sous forme de
monopoles d'Etat. A travers les années 90, ce processus de rachat et
d'investissement a été suivi par des rationalisations, puis par des pertes
d'emplois. Au moment où les travailleurs de BAT faisaient pression sur les députés
européens à Strasbourg pour protéger leurs revenus, la filiale de BAT en
Géorgie annonçait ses projets d'éliminer 300 emplois sur base d'un programme de
départ volontaire pour sa fabrique de Macon, afin de réduire les coûts [3].
BAT a-t-elle envoyé ses travailleurs pour faire pression sur des hommes
politiques, où que ce soit, à propos de ces pertes d'emplois réelles en
Géorgie? Est-il nécessaire de poser cette question ? Pourquoi ? Pourquoi
l'industrie revient-elle toujours sur cette question ? Simplement parce que cet
argument de pertes d'emplois est l'argument majeur de l'industrie contre la
directive. Hors, de quelque point de vue que ce soit, il apparaît ne pas être
un réel argument. Il mérite d'être rejeté, tout autant que la directive dans
son ensemble mérite d'être soutenue ; tant dans l'intérêt d'une réglementation
adéquate d'un produit largement commercialisé aux conséquences désastreuses
pour les consommateurs que dans l'intérêt de la santé publique. Nous vous
remercions de votre intérêt et nous espérons que vous soutiendrez la directive
au stade final du processus de codécision. |