CIGARETTES : UN CRIME ORGANISÉ - Courrier International
Lundi, 19 janvier 2001
NDLR: Un gros merci à Denis Côté, coordonnateur d'Info-Tabac, qui nous a mis sur la piste de ce dossier majeur, en couverture du numéro actuel du journal Courrier International.
Stan Shatenstein
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A
mafieux, mafieux et demi
Chaque année, en
Europe, 30 000 tonnes de cigarettes, soit 5 % du marché, sont vendues sous le
manteau. Un marché noir encouragé, semble-t-il, par quelques-uns des plus grands
industriels du tabac, comme le
montre l’enquête de "Newsweek". Certes, ce trafic est
rendu plus aisé par les taxes importantes imposées par les gouvernements sur les
cigarettes... Alors que le nouveau ministre délégué à la Santé, Bernard
Kouchner, veut durcir la loi Evin, il est bon d’ouvrir les yeux sur la réalité
de cet enjeu mondial : les cigarettiers n’ont aucun scrupule à contourner les
lois et les douanes, à cibler de nouveaux consommateurs, les
femmes en premier lieu, les pays du tiers-monde ensuite.
Mais, plus intéressant encore, cette contrebande de cigarettes montre combien
sont parfois étroits les liens entre économie “blanche” et économie grise ou
noire, entre les multinationales et les réseaux mafieux, entre les criminels et
les notables. En Chine aussi, selon le "Sanlian Shenghuo Zhoukan", le crime
organisé se développe de nouveau grâce à la collaboration active d’un certain
nombre “de médecins, de juristes et de cadres [du Parti] corrompus”, qui
jouent le rôle d’écrans protecteurs. En Europe, les circuits des cigarettes, qui
passent majoritairement par les Balkans et l’Italie, couvrent aussi des trafics
d’armes, de drogue et de main-d’oeuvre, avec l’aide de certains banquiers
habiles blanchisseurs... Plus qu’une mafia clandestine à l’ancienne, on doit
craindre le devenir mafieux des sociétés dans leur ensemble.
Philippe
Thureau-Dangin
Trafics : L’inquiétante association des cigarettiers et des mafias

Les routes du commerce illégal
"Newsweek" (extraits) (New York)
Les fabricants de cigarettes encourageraient la contrebande. Autrement dit, ils favoriseraient les mafias criminelles qui s’enrichissent de ces trafics aussi lucratifs que celui des drogues dures.
L’année
1993 avait été particulièrement faste pour Leslie Thompson. Ce cadre commercial
vedette de Northern Brand International (NBI), une minuscule entreprise d’export
de quatre personnes qui appartient au géant du tabac RJR Nabisco, avait vendu la quantité stupéfiante
de 8 milliards de cigarettes et réalisé ainsi environ 60 millions de dollars de
bénéfices. Il avait effectué une marche triomphale dans l’entreprise sous les
acclamations des dirigeants, auxquels son travail avait valu des primes
importantes, et il arborait une Rolex au poignet, cadeau de grossistes
reconnaissants.
Aujourd’hui, le nom de Thompson ne déclenche plus
l’enthousiasme dans l’industrie du tabac : les procureurs fédéraux s’apprêtent à
lui poser quelques questions, ainsi qu’à quelques autres, sur la face cachée du
commerce de cigarettes. En effet, un grand jury fédéral de Caroline du Nord est
en train d’examiner des informations explosives sur les liens entre l’industrie
du tabac et la contrebande mondiale qui permet de faire franchir les frontières
à d’énormes quantités de cigarettes sans payer de taxes. C’est un secteur qui
rapporte plusieurs milliards chaque année.
Les gouvernements du monde
entier s’attaquent aujourd’hui aux cigarettiers et cherchent à leur faire porter
la responsabilité du coût de la contrebande : des milliards de manque à gagner
en taxes, une violence en expansion et le peu d’effet des campagnes antitabac
destinées aux jeunes. Au cours des huit derniers mois, le Canada, la Colombie et
l’Equateur ont entamé des poursuites contre les compagnies de tabac américaines
sur la base des lois américaines antiracket. La Grande-Bretagne, l’Italie et la
Chine procèdent également à des investigations intensives. Les enquêteurs
canadiens et européens collaborent étroitement avec leurs homologues américains
pour monter leurs dossiers. C’est le point de départ de cette bataille contre
les géants du tabac.
Les patrons de l’industrie du tabac reconnaissent
que la contrebande de cigarettes constitue un problème, mais ils démentent
catégoriquement toute implication dans la vente ou le transport illégaux de
leurs produits. Les dirigeants de R.J. Reynolds déclarent que leur société a été
complètement réorganisée et n’est absolument pas responsable des agissements du
défunt NBI. Ils assurent n’avoir rien su des activités illégales de Thompson.
Celui-ci aurait travaillé en solo, les aurait tous trompés et jeté la honte sur
toute l’industrie. Philip Morris nie
également toute complicité avec les contrebandiers. “Notre politique est
claire et sans ambiguïté”, déclare leur porte-parole, Donald Harris.
“Philip Morris n’excuse, ne facilite ni ne soutient la contrebande de
cigarettes, et coopère volontiers avec les gouvernements dans leurs efforts pour
empêcher le commerce illégal de ses produits.” Les compagnies de tabac
soutiennent qu’elles ne devraient pas être tenues pour responsables de ce qu’il
advient de leurs produits une fois qu’ils sont vendus - pas plus qu’un
fabriquant de postes de télévision ou un coiffeur ne l’est.
Si la
contrebande de cigarettes se porte si bien, c’est, selon elles, parce que les
taxes élevées qu’on leur impose provoquent inévitablement l’apparition d’un
marché noir. La contrebande, jadis une activité simple et discrète, est devenue
une entreprise sophistiquée et souvent sanglante. En Italie, les contrebandiers
conduisent des 4x4 blindés et stockent leur marchandise dans de vastes entrepôts
clandestins. Dans certains pays comme la Chine et la Colombie, la majorité des
cigarettes consommées sont des produits de contrebande. En 1994, les hommes
politiques canadiens ont été tellement horrifiés par l’impudence des
contrebandiers que le gouvernement a réduit les taxes sur les cigarettes pour
faire baisser la demande pour les produits de contrebande. Et ça a
marché.
Les autorités colombiennes cherchent à établir ce que sait Philip
Morris des milliards de Marlboro introduites chaque année clandestinement dans
leur pays. Selon la police, seules 3 % des Marlboro consommées en Colombie ont
passé la douane. Les autorités provinciales colombiennes ont déposé une plainte
auprès du tribunal fédéral de New York, alléguant que les dirigeants de Philip
Morris “ont mis en place et orchestré une stratégie de contrebande de
cigarettes à l’échelle mondiale”, faisant passer leurs produits par un
réseau de filiales établies dans des pays disposant de ports francs, tels
qu’Aruba, la Suisse et les Pays-Bas. Un porte-parole de Philip Morris a jugé
cette plainte “aussi inconsidérée que provocante”. Les responsables de
l’Organisation mondiale de la santé (OMS) attribuent d’ailleurs à Philip Morris
une “farouche volonté” de s’attaquer au problème de la contrebande
internationale.
En Italie, le trafic de cigarettes a pris un tour
particulièrement violent. Début 2000, des contrebandiers opérant avec des
vedettes pleines à craquer débarquaient chaque nuit jusqu’à 7,5 millions de
paquets de cigarettes sur les plages du pays, essentiellement dans le Sud.
“La contrebande n’est plus ce qu’elle était”, déplore Biaggo Delacia, un
policier italien qui pourchasse depuis trente-six ans les trafiquants de la
Mafia en Italie du Sud. Avant, explique-t-il, “ils déchargeaient un bateau et
cachaient les caisses dans les fourrés”. Aujourd’hui, l’opération est bien
plus compliquée et dangereuse. Les contrebandiers ont construit derrière de faux
murs de retenue et sous le couvert des oliveraies des entrepôts, dont certains
sont assez grands pour accueillir une demi-douzaine de camions. Ils protègent
leurs convois en les encadrant de 4x4 blindés dont les pare-chocs avant et
arrière sont transformés en redoutables béliers. Rien ni personne ne les
arrêtent. Dans un pays où le port d’arme illégal est lourdement sanctionné, ils
utilisent souvent leur véhicule comme une arme. En février 2000, deux policiers
sont morts écrasés par la Jeep qu’un contrebandier a lancée contre leur voiture.
Le gouvernement italien a réagi en envoyant en renfort dans la région 2 000
hommes armés jusqu’aux dents.
Dans le même temps, la Grande-Bretagne
renforce son dispositif de contrôle des frontières. Pour tenter de tenir les
trafiquants de cigarettes à distance, elle a créé 1 000 postes de douaniers. En
1999, les autorités ont saisi 1,6 milliard de cigarettes au port de Felixstowe,
sur la mer du Nord. Une cargaison était arrivée dans des caisses censées
renfermer des sapins de Noël. Mais les douaniers ont compris qu’il y avait
anguille sous roche en voyant que les caisses venaient d’Inde - et qu’elles
n’arrivaient que pour le Nouvel An.
La presse britannique, dont la
curiosité avait été piquée par la divulgation de documents internes à
l’entreprise, s’est également penchée sur le rôle présumé de la société
British American
Tobacco (BAT) dans les opérations de contrebande sur les
pays étrangers. La Chambre des communes a demandé l’ouverture d’une enquête
officielle sur ces allégations. Fondées sur une série de documents révélés par
des ligues britanniques antitabac, elles affirment que BAT a tout mis en oeuvre
pour créer de nouveaux débouchés en encourageant la contrebande. Ces pièces,
extraites d’une énorme pile d’archives, laissent effectivement à penser que la
société connaissait exactement la quantité de cigarettes passées en contrebande.
Le plan marketing 1993-1997 de l’une des principales filiales de BAT prévoyait
des bénéfices issus de “ventes diverses”.
Ce document détaille des
projets de “développement de [notre] activité” dans des pays de
“ventes diverses” tels que la Chine et le Vietnam, où la plupart des
cigarettes étrangères relèvent du marché noir. Or, soulignent les militants
antitabac, dans le jargon du métier, le terme de “ventes diverses”
désigne les cigarettes de contrebande. Ils s’intéressent également à un autre
document du BAT qui tendrait à prouver que l’entreprise a étroitement supervisé
le trafic de ses marques. Certaines notes démontrent en effet qu’elle suivait
les filières par lesquelles la marchandise entrait au Vietnam : “Marins : 40
% ; pêcheurs : 25 % ; contrebandiers (par voie de mer) : 35 %.” Le BAT nie
catégoriquement avoir enfreint la loi. Les cigarettiers s’empressent de
souligner qu’à l’exception de Thompson aucun dirigeant du secteur du tabac n’a
été inculpé de délits liés à la contrebande.
Les enquêteurs et les
plaignants en sont encore à peaufiner leurs dossiers, car une longue expérience
des affrontements avec les implacables avocats du lobby du tabac leur a appris
qu’il valait mieux attendre que partir trop tôt. Depuis l’inculpation de
Thompson, d’autres anciens dirigeants de groupes cigarettiers ont coopéré avec
les autorités canadiennes, américaines et européennes. Thompson était le premier
à se retrouver en prison, mais, étant donné le nombre de personnalités
importantes formées à cette activité, il y a fort à parier qu’il ne sera pas le
dernier.
Christopher Dickey et Ron Nordland
"Salon" (San Francisco)
En
reconnaissant la responsabilité partielle du cigarettier dans la mort d’un
fumeur de Gitanes, un tribunal français vient d’ouvrir une vraie boîte de
Pandore.
Le 8 décembre
2000, le tribunal de Montargis a jugé la SEITA partiellement responsable de la
mort d’un fumeur. Richard Gourlain, décédé des suites d’un cancer à 49 ans,
fumait 3 paquets de Gitanes par jour depuis plus de trente ans. Ce verdict sans
précédent pourrait bien faire l’effet d’une bombe. Pour certains, il s’agit
également d’une illustration supplémentaire de l’américanisation de la société
française. Même les Américains sont d’accord, tout dépend de quel côté ils se
placent. Ainsi, selon Michael York, avocat de Philip Morris, “les procès du
tabac sont sans doute l’exportation la plus lamentable de l’économie
américaine”.
D’autres procès sont en instance de jugement. La caisse
d’assurance maladie de Saint-Nazaire a assigné en justice la SEITA, et lui
réclame le remboursement des millions de francs dépensés pour soigner les
affections liées au tabagisme - affections qui ont coûté plus de 100 milliards
de FF à la Sécurité sociale et entraîné la mort d’environ 60 000
personnes.
Me Francis Caballero est à la tête de ce mouvement. Qualifié
parfois dans la presse de “méchant et sournois”, cet avocat à l’énergie
agressive attribue en partie son enthousiasme procédurier à son séjour au Center
for Law and Social Policy, une organisation non gouvernementale influencée par
Ralph Nader. “Je suis un battant, confie Me Caballero. Les Etats-Unis
me passionnent, et je n’hésite pas à utiliser la loi comme un instrument de
changement social. C’est un concept aux antipodes des mentalités
françaises.” Me Caballero est également avocat pour le Comité national contre le
tabagisme (CNCT), seule organisation militante de ce genre. Entre la SEITA,
multimilliardaire, et le CNCT, largement dépendant du bénévolat, le face-à-face
s’apparente au combat de David contre Goliath. Mais le CNCT ne plie pas, et Me
Caballero n’a pas hésité à se mesurer presque seul à ce bastion inattaquable
qu’est l’industrie européenne du tabac.
“Nous dénonçons
catégoriquement l’américanisation de la vie française par ces machinations
judiciaires”, s’exclame J.-P. Truchot, porte-parole de la SEITA et du Centre
de documentation et d’information sur le tabac (CDIT). “Cette forme
inacceptable de fascisme sanitaire est directement importée des Etats-Unis. En
France, c’est une véritable aberration.” Ces stéréotypes culturels
simplistes peuvent peut-être expliquer pourquoi le CNCT représente aujourd’hui
plus de 500 individus dans des procès liés au tabac, comme cette femme renvoyée
de son emploi dans un kiosque à journaux parce qu’elle refusait de vendre des
cigarettes à un adolescent de 12 ans (il n’y a pas de limite d’âge en France) ou
cet homme qui travaillait dans les bureaux parisiens d’une grande compagnie
aérienne américaine et avait passé près de dix ans à essayer - en vain - de
convaincre la direction d’appliquer la loi Evin. “Les Français préfèrent
faire l’autruche, regrette J.-P. Truchot. C’est une pathologie bien
française.”
Cette pathologie française se reflète dans l’attitude
schizophrénique du gouvernement français. Aujourd’hui, la SEITA a été
privatisée, mais le gouvernement français récolte encore plus de 90 milliards de
FF en taxes sur les cigarettes. Près de la moitié de ces sommes permettront de
financer ce que le Premier ministre français appelle “la mesure sociale la
plus importante de ce nouveau millénaire”, c’est-à-dire la semaine de
trente-cinq heures.
Ainsi, seule une infime partie des revenus du tabac
sera investie dans des programmes de prévention du tabagisme.
Debra Ollivier

"The Village Voice" (extraits) (New York)
La
consommation baisse dans les pays riches. Pourtant, les bénéfices des fabricants
augmentent, notamment grâce à une offensive perverse dans les pays en
développement.
"Si l’on ne
met pas rapidement un frein aux assauts marketing de l’industrie du tabac, il y
aura bientôt une crise mondiale de la santé de très grande ampleur”, affirme
Matt Myers, président de Tobacco-Free Kids. Il y a aujourd’hui dans le monde environ 1
milliard de fumeurs, dont 236 millions, soit seulement 12 %, sont des femmes.
Mais, en 2025, ce chiffre devrait avoir triplé. Plus de 80 % de ces nouvelles
fumeuses vivront dans des pays du tiers-monde, où les soins sont limités et
l’infrastructure insuffisante pour un diagnostic précoce du cancer.
Cela
ne semble pas gêner les industriels du tabac, qui s’emploient à conquérir de
nouveaux marchés afin de compenser leurs pertes sur les marchés traditionnels.
Chez les hommes des pays industrialisés, on compte actuellement 39 % de fumeurs,
une forte chute puisqu’il y en avait 70 % il y a quelques décennies. De même,
seulement 23 % des femmes nord-américaines majeures fumaient dans les années 90,
contre un maximum de 33 % dans les années 60 et 70. Dans le tiers-monde, 59 %
des hommes fument. Pour les femmes, le taux, aujourd’hui de 9 %, augmente
parallèlement à la prolifération de publicités de style américain pour le tabac.
Cette augmentation a des répercussions financières nettes : les bénéfices
internationaux de Philip Morris ont augmenté de 256 % au cours des dix dernières
années, tandis que les bénéfices sur le marché étasunien n’augmentaient que de
16 %.
Les fabricants de tabac ont commencé à s’implanter dans les pays en
développement au début des années 70, mais ils se concentraient alors sur la
population masculine. Les femmes étaient considérées à l’origine comme un marché
secondaire, en partie à cause des réticences de la société (seules les
“mauvaises filles” fumaient), mais aussi parce qu’elles n’avaient pratiquement
pas de revenus. Les fabricants se consacraient donc à des marchés féminins
potentiellement plus lucratifs, en Europe et aux Etats-Unis, où ils
commercialisaient des “marques féminines” en les associant au mouvement
féministe, à l’époque en plein essor. “You’ve Come a Long Way, Baby” [“Tu
as fait du chemin, ma belle”], était devenu le slogan de toute une génération de
femmes qui ont commencé à travailler dans les années 60 et 70.
Trente ans
plus tard, l’industrie du tabac recycle ce message “cigarette = femme libérée”
dans le tiers-monde. Sur les affiches illustrant cette prétendue “prise de
pouvoir”, on voit une femme svelte qui lance des regards ambigus. Elle pourrait
être asiatique ou européenne et elle enlace un bel homme aux cheveux blonds.
Sous la photo, les mots “BE YOU” [“Soyez vous-même”] sont écrits en gras
et en majuscules. Malgré le paradoxe apparent qui consiste à dire à des femmes
asiatiques et africaines d’être elles-mêmes dans des publicités qui présentent
une esthétique clairement occidentale, les campagnes de ce style sont
terriblement efficaces. Selon Nancy Kaufman, vice-présidente de la fondation
Robert Woods Johnson, “ces pays souhaitent plus que jamais imiter les
Etats-Unis, et il est donc facile pour les industriels du tabac de faire jouer
les idées de liberté et de rébellion dans leurs publicités”.
Non
seulement les fabricants de tabac exploitent le lien entre tabagisme et
indépendance, mais, de plus, ils choisissent délibérément pour leurs campagnes
de publicité des images qui associent le tabac à une bonne santé. “Je fais ce
qui me plaît !” proclame une autre publicité, sur laquelle une jeune femme
blonde en pleine forme prend un cours de boxe. Aux Etats-Unis, la majorité du
public sait que cette femme augmente ses risques d’atteintes pulmonaires. En
revanche, en Chine - pays où vivent le plus de femmes potentiellement fumeuses
-, une étude récente montre que deux femmes sur trois pensent que le tabac est
inoffensif.
Malheureusement, dans les pays en développement, les
fabricants de tabac ne sont soumis à aucune obligation réelle de mentionner les
risques. Même dans les pays où il est obligatoire de placer un avertissement sur
les paquets, ils ne sont pas tenus d’être explicites : c’est ainsi qu’en
Thaïlande le seul avertissement visible pendant des années a été “Fumer
provoque l’impuissance”. De plus, il n’y a presque aucune loi interdisant
les publicités à la télévision ou sur les panneaux d’affichage, aucune
obligation pour les compagnies de révéler le montant de leurs dépenses en
lobbying et peu de restrictions sur la promotion. Il est donc tout à fait légal
d’offrir des panneaux de signalisation à un petit village, puis de les recouvrir
de logos de marques de cigarettes.
“L’une des choses les plus tristes
que nous ayons apprise”, déplore Matt Myers, faisant allusion à la
progression du tabagisme depuis cinquante ans en Europe, aux Etats-Unis et dans
les pays méditerranéens, “c’est que, si les femmes fument comme les hommes,
elles meurent comme les hommes.” Les taux de cancers du poumon et de
maladies cardiaques chez les femmes sont en pleine explosion dans les pays
développés. Aux Etats-Unis, le cancer du poumon tue plus de femmes que celui du
sein. Les femmes qui fument et prennent une pilule contraceptive augmentent
leurs risques d’accident vasculaire cérébral et de cancer. Quant aux marques
“légères”, destinées presque exclusivement aux femmes, elles peuvent causer des
carcinomes graves des tissus pulmonaires. Les femmes fumeuses souffrent plus
fréquemment d’ostéoporose et de cancers du col de l’utérus, sans parler des
risques de stérilité et des complications pendant la grossesse.
“Nous
avons bien entendu remarqué que les industriels du tabac se tournent
actuellement vers des pays où les droits individuels sont peu protégés,
souligne Nancy Kaufman. Ils pensent ainsi que les femmes de ces pays ne leur
intenteront pas de procès avant très longtemps.”
Ginger Adams
Otis
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Le rapport conjoint de l'OMS et de la Banque mondiale prône
contre le tabagisme l'augmentation des taxes (en français et en
anglais)
L'économie de l'antitabagisme Une étude menée par le FMI, mais
qui ne tient pas compte de la contrebande (en anglais)
La Convention-cadre
pour la lutte contre le tabagisme (FCTC), adoptée par l'Organisation
mondiale pour la santé (OMS), a ouvert la voie à des négociations politiques
multilatérales (en anglais)
L'Initiative pour un monde sans tabac, créée par l'OMS, propose
un site très complet (en anglais)
Le Centre pour l'intégrité
publique dénonce l'implication de la British American Tobacco dans la
contrebande (en anglais et en espagnol)
Le Centre pour le contrôle
médical diffuse de nombreux documents
sur les multinationales du tabac (en anglais)
Les femmes et
le tabagisme : le cas des banlieues
noires d'Afrique du Sud (en anglais)
La lutte contre le tabagisme en
Thaïlande (en anglais et en thaïlandais)
Au Canada, l'Association
pour les droits des non-fumeurs mène de front la lutte contre le tabagisme
et la contrebande (en français et en anglais)
La
législation
française contre le tabagisme (en français)
La SEITA dispose de
deux sites Internet : l'un à l'usage des professionnels distributeurs et l'autre pour les
particuliers (en anglais et en français)
Texte de l'assignation de la SEITA devant le tribunal de grande instance
(en français)